Gad, c'est nous ! (bon c'est un peu long... mais lisez ça vaut le coup ;p ! )
Il revient. Sur scène au Mégarama à Casa du 19 au 24 septembre. Pour six représentations de son show “L'autre, c'est moi”. Gad Elmaleh, c'est notre doudou national, notre porte-bonheur, notre mot de passe pour certaines situations ressenties du style “C'est du Gad, là !”, notre morceau de nous en lui et lui en nous. Alors bien sûr, quand notre doudou national joue à guichets fermés, des mois durant, dans l'hexagone et ailleurs, c'est tout le Maroc qui se pâme de fierté. Il le sait parce qu'il est comme nous et... un peu plus encore.
Mais là, franchement, nous avons trouvé que cela faisait trop longtemps qu'il ne nous avait pas donné de news. On a été le lui dire à Paris. A la façon de chez nous, comme il dit si bien. Et on lui a demandé aussi comment ça allait, sa vie, ses amours, les acteurs, la starlife, tout ça quoi ! Entretien drôle et tendre, comme lui, pétri de gimmicks et de fulgurances bien signés. D'éclats de rire. De beaucoup d'éclats de rires. Aïe, aïe, aïe, six représentations seulement ! Il va déjà nous manquer...
FDM : Labass Gad, koulchi labass. Mamak labass, babak labass, drari labass...
Gad Elmaleh : Labess, labess. Et à un moment, il y a toujours : kif daïr ouahed Amine. Kif daïr ouahed avec un prénom qui suit. Ouahed Amine. Comment va ce Amine.
Fine ghaber ?
Mais comment ça, j'ai disparu ? J'ai bossé comme un fou, oui ! J'ai écrit, joué mon dernier spectacle et tourné des films. Bon, mais il faut dire que ce qui m'a vraiment le plus occupé, c'est la tournée du show. Jamais je n'avais fait d'aussi grandes salles. On a enchaîné avec l'équipe dans toute la Belgique, en Suisse et au Québec. Ensuite, reprise des tournages avec “Olé” de Florence Quentin où j'ai joué en tandem avec Gérard Depardieu. Là, je suis actuellement en tournage de “La doublure” de Francis Veber, grand, très grand metteur en scène, à qui nous devons le “Dîner de cons”.
Tout à l'heure pendant le tournage, une scène a été refaite près de 20 fois. C'est le même rythme à chaque fois ?
Oui, à peu près. Francis Veber est extrêmement méticuleux, rigoureux, précis dans ce qu'il demande et ce qu'il attend des comédiens. Il fait tout refaire jusqu'à trouver l'intonation qu'il veut. C'est le grand patron de la comédie en France... Dans ce film, je joue “François Pignon”. Non mais, je ne sais pas si vous réalisez que moi, Marocain, je joue François Pignon, grande figure du répertoire comique puisque ce rôle a été joué par Jacques Villeret, Daniel Auteuil, Pierre Richard, Jacques Brel, que des grands ! Je suis super heureux d'être dans la lignée de ces acteurs. Super fier même ...
... de voir que la palette des rôles se diversifie de plus en plus ?
Depuis toujours, j'ai travaillé dans le sens de l'ouverture. Dès mon premier spectacle, j'aimais l'idée que le public ne soit pas “signé” et qu'il y ait de vrais mélanges dans la salle. Là, c'est pareil, je ne suis pas dans des rôles où mon origine culturelle serait déterminante. Rester qui on est tout en étant universel... C'est le plus dur à atteindre, mais c'est fondamental. Si l'on est dans une démarche sincère et authentique, il ne faut jamais oublier d'où on vient. Mais ce “d'où on vient” peut, aussi, signifier vouloir aller ailleurs.
Oui, mais là, il faut savoir, Gad, que les Marocains sont verts. Pas de news depuis quatre ans, même pas une première de Chouchou. C'est comme si vous aviez oublié votre public marocain. A l'heure où nous parlons, il n'y a même pas de copie de “L'autre, c'est moi” à Derb Ghallef...
Hé, mais le DVD n'est même pas encore sorti !
Oui, mais des enregistrements du spectacle. Ou des choses comme ça qui prouvent que vous pensez à nous...
Non, non, non, non, non. Ah non ! Je suis fou de joie à l'idée d'aller jouer en septembre à Casa. J'en parle tout le temps à mon père, avec mes potes, avec toute l'équipe. Mon équipe adore jouer au Maroc car elle voit alors le spectacle qui part sur un tout autre délire que dans une salle de province française. Casa, c'est chez moi et en même temps, le trac, bizarrement, monte plus fortement encore qu'ailleurs. L'attente est grande et la peur de décevoir est immense. C'est de la folie de penser que j'ai pu oublier les Marocains. C'est tellement important pour moi de jouer à Casa et même dans tout le Maroc si mon programme me le permettait. Un jour, je le ferais d'ailleurs. Mais là, Casa d'abord.
La ville natale...
C'est clair. On dira que j'ai laissé le meilleur pour la fin.
Donc, le show “L'autre, c'est moi”. L'autre, moi, 1+1=1?
Oui, l'autre de qui je me moque, et bien, c'est moi ! Et vous tous qui me regardez, je suis vous et vous êtes moi. D'ailleurs sur la couverture du DVD qui va sortir en novembre, j'ai écrit à la main “L'autre, c'est toi aussi !”. C'est pour me placer d'entrée dans un partage et dans un regard d'auto-dérision. Je me fous beaucoup de moi dans ce show. Je joue sur l'anti-héros, sur le looser, sur le mec qui n'y arrive pas...
On a pu entendre qu'il y avait un blond en contrepoint du looser. Une sorte de type parfait, ultra-civilisé...
Il y a cette idée d'un personnage qui réussit tout ce qu'il fait et moi, à côté, je me place dans la position du looser qui n'arrive pas vraiment à grand-chose. Le blond, lui, arrive à bien skier, à avoir des rapports amoureux normaux, à ne pas être jaloux en couple, à plein de trucs. Moi, le looser, je n'arrive à rien de cela. Bizarrement, quand je parle du blond durant le show, tout le monde le connaît. Tout le monde voit très bien ce mec qui, lorsqu'il mange un sandwich, ne fait jamais couler la mayonnaise. Moi, à côté, je galère dans tous les sens, je n'y arrive pas, je suis dans une série d'inaptitudes qui viennent aussi de ma culture et de mon éducation. Car l'organisation du blond, elle est comme ça parce qu'il est blond ! Non mais c'est vrai ! Si le blond décide de faire un voyage, il dit : “Bon, je pars le 12”. Nous, et quand je dis “nous”, c'est toute une culture par laquelle j'ai été façonné, nous, on a un grand problème avec la prise de décision, le choix et la nécessité d'affirmer les choses. Donc personne ne dit jamais : “Je pars le 12 et je reviens le 18”. C'est : “Normalement, je pars la semaine prochaine s'il n'y a pas de problèmes et on va voir en fonction quand on revient.” “Quand ?” “Je sais pas, on va voir en fonction avec untel et on revient.” Chez nous, il n'y a pas de règles car on a peur de l'arbitraire, que quelque chose nous tombe sur la gueule si on prend une décision ferme. On a la crainte du batle comme on dit en arabe. On va pas arrêter une date quand même ! Qui on est, nous, pour arrêter une date ?
Madame Tazi revient-elle faire un petit tour ?
En fait, je pars d'une aventure que j'ai vécue : la première fois que j'ai été au ski dans ma vie. Alors le lien, c'est non pas madame Tazi mais monsieur Tazi que j'avais amorcé comme personnage et que je vais approfondir. J'explique qu'au Maroc, ceux qui ont fait du ski ne sont qu'une certaine partie de la société. Donc, aujourd'hui, monsieur Tazi qui parle avec ses rrr, comme ça, va à Courchevel et non plus à Ifrane car “la température n'est plus ce qu'elle était”. Bon, voilà, il y a des liens avec le Maroc, il y aura même des petites phrases que je vais improviser, des expressions purement casablancaises car ça me manque trop de ne pas le faire, ailleurs. Cela dit, je n'ai pas non plus envie de changer totalement le spectacle joué à l'Olympia.
“La vie normale” avait amorcé des moments d'impro avec le public. Ce spectacle continue dans la lignée ?
Oui, et cette fois-ci, je fais carrément monter quelqu'un sur scène ! Je lui fais vivre son moment de gloire qui est organisé avec un générique, une bio inventée, etc. C'est “son moment de gloire” ! De toute façon, tout le spectacle est écrit d'une manière tout à fait nouvelle qui me permet d'ouvrir des parenthèses d'impro quand je le veux. Il n'y a plus de sketches avec des tableaux de personnages comme Abderrazak, Coco, Chouchou, etc. Là, c'est un stand up, c'est-à-dire que je m'adresse tout le temps au public. Directement, je teste la température à la façon dont va répondre le public au “Bonsoir, ça va ?”. J'enchaîne en interpellant quelques personnes, je pointe sur tous les mouvements dans la salle, je parle du décor, je suis témoin comme eux de ce qui est en train de se passer, là. Si un portable sonne, j'arrête et j'en parle illico. Je fais des observations sur ce qui nous entoure comme si je parlais à une personne. Le public vient à moi et là, je commence à raconter ma vie comme si j'improvisais. Je commence, ici, mon programme qui, lui, est très, très écrit. Dans ce show, il y a aussi de la musique, des chansons, une parodie des comédies musicales qui ont envahi le paysage des spectacles français. J'en fais une parodie totalement ridicule avec des paroles fatidiques.
“Petit oiseau, si tu n'as pas d'ailes”, “It's kiz My Life”... A quand “Gad, l'album?” ?
Oui, oui, oui, j'en ai très envie. Un jour, je le ferais, c'est sûr et certain. Mais bon, il faut que je trouve le temps pour le faire et bien le faire. C'est en moi depuis que je suis môme et donc, à un moment, il me faudra le réaliser, l'évacuer. J'ai envie de textes écrits, pas obligatoirement drôles, pas forcément parodiques, pas forcément sérieux, non plus. Des trucs puisés dans ma vie qui feront rire si la situation est drôle. Des tranches de vie, la mienne. Marchera, marchera pas ? Ce ne sera pas vraiment important. Il faut que je le fasse et c'est tout.
Dans le nouveau spectacle, vous chantez davantage ?
Oui, dans le nouveau spectacle, je chante, je danse, je bouge encore plus que dans les précédents. Ce spectacle est beaucoup plus physique que les autres. Il y a un moment où je parle de mes observations sur tous les styles de danse d'une discothèque. C'est un moment jouissif et jubilatoire que j'adore avec le mec timide, le mec qui se la pète, le mec qui se fait tous les instruments de musique, la nana qui se montre tellement qu'elle n'en peut plus, elle va s'évanouir la pauvre, tellement elle veut qu'on la regarde.
Et le blond, il danse aussi ?
Mais bien sûr !!! Lui, il est super carré, super coincé. Ah oui, il faut vraiment le voir danser le blond !!!
Sortons du show et revenons à vous. Vous avez grandi dans un milieu judéo-marocain à Casa. Peut-on parler de regard spécifique sur les choses et le monde en tant qu'artiste ?
Il est clair que ce milieu a affiné mon regard. Il a été comme un filtre à travers mes yeux. Je regardais, vivais les événements et vibrais à travers l'éducation et la culture que j'ai reçues. Si j'ai pu observer et écrire sur ces choses, c'est que j'étais décalé d'une réalité. Aujourd'hui, cette phase d'adaptation avec l'Occident, c'est du passé. Je ne vis plus ce décalage-là.
En même temps, vous êtes juif et marocain, donc arabe, installé en France. Il n'y a pas des jours où c'est un peu compliqué ?
Première chose que je dis toujours, je suis super heureux que l'on ne m'ait pas répété chaque matin à Casa durant mon enfance “Ah, c'est bien, y a des juifs et des musulmans”. L'harmonie des communautés était une chose normale, qui coulait de source. Bon, aujourd'hui en France et ailleurs, hélas, cela ne semble pas aussi évident pour tout le monde. Il y a des dérapages autour de l'idée d'une échelle de valeur dans la légitimité d'une identité. Or, profondément, je pense qu'il ne peut y avoir d'échelle de valeur comparative, ici ou là. Les courants extrémistes récupèrent les événements, mais je vois, en parallèle, des gens très sensés qui défendent leurs idées en toute clarté, sans aucun dérapage. C'est important. C'est fondamental et rassérénant, cette continuité du dialogue. Il est clair que dès lors qu'il n'y a plus de dialogue, je suis en souffrance. C'est une catastrophe. Bon, en ce qui me concerne c'est comme ça : je suis Marocain, je suis né au Maroc, je suis juif. C'est complexe, mais je ne vais pas lâcher l'affaire. C'est comme l'amour : soit on aime et on est dedans ; soit on n'aime pas et on fait une rupture. Mais on ne peut pas aimer en disant “Ça j'aime, ça je n'aime pas.” On ne peut pas aimer et tout d'un coup dire : “Ah non, c'est trop compliqué.” C'est bon pour une personne, une identité, un pays... Voilà, en ce qui me concerne, je ne suis pas en rupture. Ce qui arrive devant moi peut bouger, mais ce qui est derrière me définit.
Les racines sont bien ancrées...Oui, mais ce sont des racines sans nostalgie. C'est un sentiment que j'ignore parce que la nostalgie, c'est pour les gens qui ont fait une rupture, qui sont dans le folklore, qui sourient lorsqu'ils écoutent de la musique orientale. Moi, al aâla, je la chante à mon fils pour qu'il s'endorme. C'est tout sauf un truc incroyable dans mon quotidien. C'est là. C'est normal.
Où en est le projet de show entre “un juif et un arabe” avec Djamel Debbouze ?
Ça avance bien. On travaille ensemble pour une date de représentation fixée en octobre 2006. On travaille sur des pistes avec des séances de travail bien calées. Ça va se faire! Le rôle des artistes est d'abord, surtout pour nous deux, de ressentir du plaisir à faire rire les gens. Un show, c'est d'abord du divertissement pour tout le monde. Si, ensuite, la culture peut devenir une arme contre la bêtise humaine, tant mieux. Mais il ne faut jamais perdre de vue que la vertu première d'un comique, c'est d'abord de faire rire. Tout le reste, les messages, les idées, voire les combats ne sont que des conséquences. Cela dit, c'est vrai que cela ne peut être neutre. Par exemple, qu'un acteur marocain soit devenu “François Pignon” veut dire aussi qu'on avance dans l'assimilation. Ça a du sens !
Oui, mais justement, chauffeur dans “Olé”, François Pignon dans son HLM, employé dans un grand palace dans “Hors de prix” de Pierre Salvadore dont le tournage va démarrer fin septembre. Vous n'en avez pas marre de ces étapes de l'intégration ?
Non, non, non c'est bien. Exactement ! Ce sont les étapes de l'ascension sociale !
Et donc, dans 20 ans...
Le patron !
Comme le blond ?
Le blond ? Aaaaah, vous voulez le blond, c'est ça ??!! Elle veut le blond, elle !
Petit quart d'heure de célébrité, Gad. Nous aussi à Casa on lit Voici, Voilà. Il y a eu Marie Fugain, ensuite Anne Brochet. Aujourd'hui, il y a Aurélie Dupont. Gad, l'amour dure-t-il trois ans ?
Ah non, là, je ne suis pas d'accord avec vous !
C'est-à-dire que c'est une question !
Ah non, j'espère que non, j'espère que l'amour ne dure pas que trois ans. C'est le livre de Beigbeder, c'est ça ?
Oui, enfin Beigbeder s'appuie sur une théorie biochimique où des hormones comme la dopamine, les endorphines, la phényléthylamine, etc, qui sont derrière le sentiment amoureux cessent d'agir après trois années de vie conjugale...
Je connais pas cette théorie mais en pratique, je suis très heureux et je n'ai pas envie que ça dure seulement trois ans. Et là, ça fait trois ans justement. Non, remarquez, nous venons de dépasser les trois ans. Donc, ça va.
Au-delà de votre vie personnelle, c'est une question sur l'amour. Dès lors que l'on sort du carcan traditionnel, faut-il apprendre à essayer, à trébucher, à se relever et à recommencer pour enfin trouver le grand amour ?
En fait, il faut être très honnête avec soi-même et casser certains clichés. Par exemple, je ne suis pas d'accord, je ne me ressens pas en accord avec l'idée de “LA femme de ma vie”, d'une et unique, même si, au fond, je l'espère. Je me dis toujours que c'est la femme d'une partie de ma vie. Je souhaite, notamment en ce moment, que cette partie soit longue, très longue. Bon, ma copine va être verte en lisant cela mais je n'aime pas figer les choses avec des mots comme : “C'est la femme de ma vie !”. Je n'aime pas cette idée soit par superstition, soit par claustrophobie, soit les deux... Il me faut entretenir la dynamique de l'amour par une espèce de travail permanent. Avant, je ne considérais pas les choses de cette manière.
C'est récent, cette conscience du travail dans et pour le couple ?
Complètement. Avant, je pensais : “Ça y est, on tombe amoureux, tout va bien, tout roule”. Alors que pas du tout ! Les efforts, les concessions, les compromis, les actes concrets, les mots, les démonstrations, c'est fondamental. Je m'en rends de plus en plus compte, aujourd'hui.
A 34 ans, en pleine success story, que seriez-vous sans le rayonnement de cet amour ?
Ah non, je ne pourrais pas ! Vraiment pas. Je serais un peu largué, je crois. Surtout avec toute la sollicitation due à la notoriété qui fausse tout. Franchement, si j'étais seul aujourd'hui, peut-être que je pèterais un plomb. Je ne sais pas, ce serait nul !
Est-ce important d'avoir une partenaire dans le même milieu ? On dirait qu'il y a un vrai syndrome Brad (Pitt) et Angelina (Jolie) dans le monde du spectacle...
On ne part pas de ce point-là. C'est plutôt à l'envers que ça se passe. On est dans un milieu donné et on rencontre forcément des personnes de ce milieu-là. Jusque-là, c'est pareil pour tous les milieux professionnels. Mais, dans le monde du spectacle, lorsque la notoriété commence vraiment à entourer un artiste, il est normal que les relations soient biaisées. Personne n'a envie que quelqu'un sorte avec lui pour une image. Alors forcément, quand je rencontre quelqu'un au sommet de son art comme c'est le cas pour mon amie, je peux me dire d'entrée que c'est moi qui vais l'impressionner et non pas l'image. Bien sûr, ça l'éclate que j'aie du succès, que je la fasse rire, que je sois apprécié du public, mais tout cela, ce n'est pas un moteur pour elle. Elle est au sommet de son art, bien loin devant moi. Pour parvenir à atteindre le niveau de danseuse étoile, elle n'a pas eu et n'a pas besoin de moi. Son art est universel. Elle fait des tournées mondiales. La semaine dernière, elle était à Vienne. Là, elle part en Chine. Cet été, elle sera au Japon. Elle a créé un ballet à New York. Moi, à côté, je ne suis qu'un clown. Non, mais c'est vrai ! Quand je la vois travailler dur de 8 heures du matin à 10 heures du soir quoi qu'il arrive, je ne dis plus “oulala, je suis fatigué” après un spectacle avec 3.000 personnes en délire où ce n'est que du bonheur! Par elle, j'ai appris davantage le travail et aussi à ne plus me plaindre. Non, vraiment, c'est un travail de fou que celui des danseurs de ce niveau !
Et il faut admirer pour aimer ?
Oui, complètement. C'est une femme exceptionnelle mais c'est surtout une grande danseuse. Quand je la vois danser, j'oublie que c'est ma femme. Et quand je sors de son spectacle, je me dis “héhéhé, c'est MA femme !!!”.
Pas de gestion des égos, de jalousies, de carrière ? Pourtant, cela doit être encore pire dans un couple d'artistes ?
C'est compliqué lorsque ma compagne est une actrice car il y a alors de la compétition. Forcément et même si personne ne le souhaite. Tout de suite, on sent, on voit que l'un bosse, l'autre non. Au début de ma relation actuelle, je me disais qu'entre ses tournées et les miennes, nous n'y arriverons pas. En tout cas, je ne pensais pas que j'arriverais à tenir dans une relation à distance. Et en fait, l'absence aide énormément notre couple à garder cette constante envie de se retrouver.
Six mois loin d'elle, c'est possible ?
Non, six mois, ce n'est pas possible. Je la rejoins ou la fais venir. Mais cette absence due au travail est plus une chance qu'un handicap. S'absenter une semaine pour partir en tournée, ressentir le manque, le désir, envoyer des textos, avoir un petit moment de panique si je ne sais pas où elle est, c'est super important, ça booste le couple.
Si on dit paternité, on entend...
Responsabilité. Et, c'est nouveau, peur de partir trop loin, trop longtemps. Je suis déjà anxieux de nature alors en tant que père... Là, maintenant, j'ai peur pour lui. Il est en vacances avec sa mère et tous les jours, j'appelle, “fais attention, mets-lui les brassards”. Tous les jours, tous les jours, tous les jours, j'ai des cauchemars dans ma tête. J'ai des flashs, il va se noyer donc faut que j'appelle. Sa mère a beau me dire : “Relax, moi non plus, je ne veux pas qu'il se noie” mais moi, j'ai ce flip de folie, des angoisses ingérables...
Anne Brochet, la mère de votre fils, écrit dans son dernier livre,“Trajet d'une amoureuse éconduite” (Ed. Seuil), alors qu'elle a coupé le contact avec le monde durant tout un week-end : “Chez moi, j'écoute la messagerie de mon portable. J'ai quinze messages, presque tous du père d'un de mes enfants, qui a appris que j'étais partie sans téléphone, mais qui s'obstine à essayer de me joindre quand même ; il me trouve irresponsable. Il dit : On est au XXIème siècle”. C'est vous ?
Ben oui, c'est complètement moi. Elle disparaît un week-end, je lui laisse plein de messages et je ne la trouve pas. C'est la peur, la peur de l'abandon, de ne plus être en contact avec mes proches. Quand je n'arrive plus à joindre les gens, je suis en panique. J'ai peur, je suis accroc au portable à cause de cela. Précisément cela.
Nous en parlions, il y a quatre ans. Elle est toujours là, cette musique bluesy, à l'intérieur ?
Oui, toujours. Je rumine, je réfléchis, je travaille tout le temps, tout le temps. Soit ce sont de bonnes idées que je vais intégrer dans mon spectacle, soit ce sont des idées noires que je transforme en idées comiques.
Votre rapport à l'autre est-il devenu compliqué avec la notoriété ?
C'est présent, la notoriété! Ce serait mentir que de dire le contraire. Quand je vois des mecs à la télé qui disent : “Non, ça ne change rien pour moi”, je sais que c'est faux. Forcément, les rapports à l'autre sont modifiés. Quand tu rentres dans un magasin où tu étais un anonyme, il y a dix ans et que là, maintenant, tout le monde se met à discuter avec toi, ce n'est pas vrai que l'on ne change pas. J'en suis encore, et pour longtemps je l'espère, au stade où ça me fait vraiment plaisir d'être reconnu par quelqu'un qui a vu mon spectacle et qui m'en parle. Ça m'éclate que quelqu'un soit allé acheter un ticket pour venir me voir. Je garde l'émerveillement de ça !
Et peut-on vivre de nouvelles amitiés ?
Oui, mais j'ai développé un sens aigu de la reniflette chez l'autre. Donc, je sais quand on s'intéresse à moi, profondément et quand on s'intéresse à l'image, simplement. En vérité, le seul vrai problème de la notoriété est que cela entrave mon travail. Je suis un grand observateur qui ne peut plus observer comme je le souhaite. Avant, dans les restaurants, je restais trois heures à regarder, à écouter, à scanner la table d'à côté. Aujourd'hui, les gens disent, “ah, c'est machin qui nous regarde”. Les demandes d'“orthographe”, ça bloque mon travail d'observation.
Il reste les restaurants en Grèce, en Roumanie, etc...C'est clair. De toute façon, les comportements humains sont les mêmes. Partout, partout, c'est la même chose.
Le blond, c'est la même chose ?
Encore lui ! Bon, OK, on va vous trouver un blond ! Mais pour Brad Pitt, il est vraiment pris, je ne peux rien faire pour vous.
Il revient. Sur scène au Mégarama à Casa du 19 au 24 septembre. Pour six représentations de son show “L'autre, c'est moi”. Gad Elmaleh, c'est notre doudou national, notre porte-bonheur, notre mot de passe pour certaines situations ressenties du style “C'est du Gad, là !”, notre morceau de nous en lui et lui en nous. Alors bien sûr, quand notre doudou national joue à guichets fermés, des mois durant, dans l'hexagone et ailleurs, c'est tout le Maroc qui se pâme de fierté. Il le sait parce qu'il est comme nous et... un peu plus encore.
Mais là, franchement, nous avons trouvé que cela faisait trop longtemps qu'il ne nous avait pas donné de news. On a été le lui dire à Paris. A la façon de chez nous, comme il dit si bien. Et on lui a demandé aussi comment ça allait, sa vie, ses amours, les acteurs, la starlife, tout ça quoi ! Entretien drôle et tendre, comme lui, pétri de gimmicks et de fulgurances bien signés. D'éclats de rire. De beaucoup d'éclats de rires. Aïe, aïe, aïe, six représentations seulement ! Il va déjà nous manquer...
FDM : Labass Gad, koulchi labass. Mamak labass, babak labass, drari labass...
Gad Elmaleh : Labess, labess. Et à un moment, il y a toujours : kif daïr ouahed Amine. Kif daïr ouahed avec un prénom qui suit. Ouahed Amine. Comment va ce Amine.
Fine ghaber ?
Mais comment ça, j'ai disparu ? J'ai bossé comme un fou, oui ! J'ai écrit, joué mon dernier spectacle et tourné des films. Bon, mais il faut dire que ce qui m'a vraiment le plus occupé, c'est la tournée du show. Jamais je n'avais fait d'aussi grandes salles. On a enchaîné avec l'équipe dans toute la Belgique, en Suisse et au Québec. Ensuite, reprise des tournages avec “Olé” de Florence Quentin où j'ai joué en tandem avec Gérard Depardieu. Là, je suis actuellement en tournage de “La doublure” de Francis Veber, grand, très grand metteur en scène, à qui nous devons le “Dîner de cons”.
Tout à l'heure pendant le tournage, une scène a été refaite près de 20 fois. C'est le même rythme à chaque fois ?
Oui, à peu près. Francis Veber est extrêmement méticuleux, rigoureux, précis dans ce qu'il demande et ce qu'il attend des comédiens. Il fait tout refaire jusqu'à trouver l'intonation qu'il veut. C'est le grand patron de la comédie en France... Dans ce film, je joue “François Pignon”. Non mais, je ne sais pas si vous réalisez que moi, Marocain, je joue François Pignon, grande figure du répertoire comique puisque ce rôle a été joué par Jacques Villeret, Daniel Auteuil, Pierre Richard, Jacques Brel, que des grands ! Je suis super heureux d'être dans la lignée de ces acteurs. Super fier même ...
... de voir que la palette des rôles se diversifie de plus en plus ?
Depuis toujours, j'ai travaillé dans le sens de l'ouverture. Dès mon premier spectacle, j'aimais l'idée que le public ne soit pas “signé” et qu'il y ait de vrais mélanges dans la salle. Là, c'est pareil, je ne suis pas dans des rôles où mon origine culturelle serait déterminante. Rester qui on est tout en étant universel... C'est le plus dur à atteindre, mais c'est fondamental. Si l'on est dans une démarche sincère et authentique, il ne faut jamais oublier d'où on vient. Mais ce “d'où on vient” peut, aussi, signifier vouloir aller ailleurs.
Oui, mais là, il faut savoir, Gad, que les Marocains sont verts. Pas de news depuis quatre ans, même pas une première de Chouchou. C'est comme si vous aviez oublié votre public marocain. A l'heure où nous parlons, il n'y a même pas de copie de “L'autre, c'est moi” à Derb Ghallef...
Hé, mais le DVD n'est même pas encore sorti !
Oui, mais des enregistrements du spectacle. Ou des choses comme ça qui prouvent que vous pensez à nous...
Non, non, non, non, non. Ah non ! Je suis fou de joie à l'idée d'aller jouer en septembre à Casa. J'en parle tout le temps à mon père, avec mes potes, avec toute l'équipe. Mon équipe adore jouer au Maroc car elle voit alors le spectacle qui part sur un tout autre délire que dans une salle de province française. Casa, c'est chez moi et en même temps, le trac, bizarrement, monte plus fortement encore qu'ailleurs. L'attente est grande et la peur de décevoir est immense. C'est de la folie de penser que j'ai pu oublier les Marocains. C'est tellement important pour moi de jouer à Casa et même dans tout le Maroc si mon programme me le permettait. Un jour, je le ferais d'ailleurs. Mais là, Casa d'abord.
La ville natale...
C'est clair. On dira que j'ai laissé le meilleur pour la fin.
Donc, le show “L'autre, c'est moi”. L'autre, moi, 1+1=1?
Oui, l'autre de qui je me moque, et bien, c'est moi ! Et vous tous qui me regardez, je suis vous et vous êtes moi. D'ailleurs sur la couverture du DVD qui va sortir en novembre, j'ai écrit à la main “L'autre, c'est toi aussi !”. C'est pour me placer d'entrée dans un partage et dans un regard d'auto-dérision. Je me fous beaucoup de moi dans ce show. Je joue sur l'anti-héros, sur le looser, sur le mec qui n'y arrive pas...
On a pu entendre qu'il y avait un blond en contrepoint du looser. Une sorte de type parfait, ultra-civilisé...
Il y a cette idée d'un personnage qui réussit tout ce qu'il fait et moi, à côté, je me place dans la position du looser qui n'arrive pas vraiment à grand-chose. Le blond, lui, arrive à bien skier, à avoir des rapports amoureux normaux, à ne pas être jaloux en couple, à plein de trucs. Moi, le looser, je n'arrive à rien de cela. Bizarrement, quand je parle du blond durant le show, tout le monde le connaît. Tout le monde voit très bien ce mec qui, lorsqu'il mange un sandwich, ne fait jamais couler la mayonnaise. Moi, à côté, je galère dans tous les sens, je n'y arrive pas, je suis dans une série d'inaptitudes qui viennent aussi de ma culture et de mon éducation. Car l'organisation du blond, elle est comme ça parce qu'il est blond ! Non mais c'est vrai ! Si le blond décide de faire un voyage, il dit : “Bon, je pars le 12”. Nous, et quand je dis “nous”, c'est toute une culture par laquelle j'ai été façonné, nous, on a un grand problème avec la prise de décision, le choix et la nécessité d'affirmer les choses. Donc personne ne dit jamais : “Je pars le 12 et je reviens le 18”. C'est : “Normalement, je pars la semaine prochaine s'il n'y a pas de problèmes et on va voir en fonction quand on revient.” “Quand ?” “Je sais pas, on va voir en fonction avec untel et on revient.” Chez nous, il n'y a pas de règles car on a peur de l'arbitraire, que quelque chose nous tombe sur la gueule si on prend une décision ferme. On a la crainte du batle comme on dit en arabe. On va pas arrêter une date quand même ! Qui on est, nous, pour arrêter une date ?
Madame Tazi revient-elle faire un petit tour ?
En fait, je pars d'une aventure que j'ai vécue : la première fois que j'ai été au ski dans ma vie. Alors le lien, c'est non pas madame Tazi mais monsieur Tazi que j'avais amorcé comme personnage et que je vais approfondir. J'explique qu'au Maroc, ceux qui ont fait du ski ne sont qu'une certaine partie de la société. Donc, aujourd'hui, monsieur Tazi qui parle avec ses rrr, comme ça, va à Courchevel et non plus à Ifrane car “la température n'est plus ce qu'elle était”. Bon, voilà, il y a des liens avec le Maroc, il y aura même des petites phrases que je vais improviser, des expressions purement casablancaises car ça me manque trop de ne pas le faire, ailleurs. Cela dit, je n'ai pas non plus envie de changer totalement le spectacle joué à l'Olympia.
“La vie normale” avait amorcé des moments d'impro avec le public. Ce spectacle continue dans la lignée ?
Oui, et cette fois-ci, je fais carrément monter quelqu'un sur scène ! Je lui fais vivre son moment de gloire qui est organisé avec un générique, une bio inventée, etc. C'est “son moment de gloire” ! De toute façon, tout le spectacle est écrit d'une manière tout à fait nouvelle qui me permet d'ouvrir des parenthèses d'impro quand je le veux. Il n'y a plus de sketches avec des tableaux de personnages comme Abderrazak, Coco, Chouchou, etc. Là, c'est un stand up, c'est-à-dire que je m'adresse tout le temps au public. Directement, je teste la température à la façon dont va répondre le public au “Bonsoir, ça va ?”. J'enchaîne en interpellant quelques personnes, je pointe sur tous les mouvements dans la salle, je parle du décor, je suis témoin comme eux de ce qui est en train de se passer, là. Si un portable sonne, j'arrête et j'en parle illico. Je fais des observations sur ce qui nous entoure comme si je parlais à une personne. Le public vient à moi et là, je commence à raconter ma vie comme si j'improvisais. Je commence, ici, mon programme qui, lui, est très, très écrit. Dans ce show, il y a aussi de la musique, des chansons, une parodie des comédies musicales qui ont envahi le paysage des spectacles français. J'en fais une parodie totalement ridicule avec des paroles fatidiques.
“Petit oiseau, si tu n'as pas d'ailes”, “It's kiz My Life”... A quand “Gad, l'album?” ?
Oui, oui, oui, j'en ai très envie. Un jour, je le ferais, c'est sûr et certain. Mais bon, il faut que je trouve le temps pour le faire et bien le faire. C'est en moi depuis que je suis môme et donc, à un moment, il me faudra le réaliser, l'évacuer. J'ai envie de textes écrits, pas obligatoirement drôles, pas forcément parodiques, pas forcément sérieux, non plus. Des trucs puisés dans ma vie qui feront rire si la situation est drôle. Des tranches de vie, la mienne. Marchera, marchera pas ? Ce ne sera pas vraiment important. Il faut que je le fasse et c'est tout.
Dans le nouveau spectacle, vous chantez davantage ?
Oui, dans le nouveau spectacle, je chante, je danse, je bouge encore plus que dans les précédents. Ce spectacle est beaucoup plus physique que les autres. Il y a un moment où je parle de mes observations sur tous les styles de danse d'une discothèque. C'est un moment jouissif et jubilatoire que j'adore avec le mec timide, le mec qui se la pète, le mec qui se fait tous les instruments de musique, la nana qui se montre tellement qu'elle n'en peut plus, elle va s'évanouir la pauvre, tellement elle veut qu'on la regarde.
Et le blond, il danse aussi ?
Mais bien sûr !!! Lui, il est super carré, super coincé. Ah oui, il faut vraiment le voir danser le blond !!!
Sortons du show et revenons à vous. Vous avez grandi dans un milieu judéo-marocain à Casa. Peut-on parler de regard spécifique sur les choses et le monde en tant qu'artiste ?
Il est clair que ce milieu a affiné mon regard. Il a été comme un filtre à travers mes yeux. Je regardais, vivais les événements et vibrais à travers l'éducation et la culture que j'ai reçues. Si j'ai pu observer et écrire sur ces choses, c'est que j'étais décalé d'une réalité. Aujourd'hui, cette phase d'adaptation avec l'Occident, c'est du passé. Je ne vis plus ce décalage-là.
En même temps, vous êtes juif et marocain, donc arabe, installé en France. Il n'y a pas des jours où c'est un peu compliqué ?
Première chose que je dis toujours, je suis super heureux que l'on ne m'ait pas répété chaque matin à Casa durant mon enfance “Ah, c'est bien, y a des juifs et des musulmans”. L'harmonie des communautés était une chose normale, qui coulait de source. Bon, aujourd'hui en France et ailleurs, hélas, cela ne semble pas aussi évident pour tout le monde. Il y a des dérapages autour de l'idée d'une échelle de valeur dans la légitimité d'une identité. Or, profondément, je pense qu'il ne peut y avoir d'échelle de valeur comparative, ici ou là. Les courants extrémistes récupèrent les événements, mais je vois, en parallèle, des gens très sensés qui défendent leurs idées en toute clarté, sans aucun dérapage. C'est important. C'est fondamental et rassérénant, cette continuité du dialogue. Il est clair que dès lors qu'il n'y a plus de dialogue, je suis en souffrance. C'est une catastrophe. Bon, en ce qui me concerne c'est comme ça : je suis Marocain, je suis né au Maroc, je suis juif. C'est complexe, mais je ne vais pas lâcher l'affaire. C'est comme l'amour : soit on aime et on est dedans ; soit on n'aime pas et on fait une rupture. Mais on ne peut pas aimer en disant “Ça j'aime, ça je n'aime pas.” On ne peut pas aimer et tout d'un coup dire : “Ah non, c'est trop compliqué.” C'est bon pour une personne, une identité, un pays... Voilà, en ce qui me concerne, je ne suis pas en rupture. Ce qui arrive devant moi peut bouger, mais ce qui est derrière me définit.
Les racines sont bien ancrées...Oui, mais ce sont des racines sans nostalgie. C'est un sentiment que j'ignore parce que la nostalgie, c'est pour les gens qui ont fait une rupture, qui sont dans le folklore, qui sourient lorsqu'ils écoutent de la musique orientale. Moi, al aâla, je la chante à mon fils pour qu'il s'endorme. C'est tout sauf un truc incroyable dans mon quotidien. C'est là. C'est normal.
Où en est le projet de show entre “un juif et un arabe” avec Djamel Debbouze ?
Ça avance bien. On travaille ensemble pour une date de représentation fixée en octobre 2006. On travaille sur des pistes avec des séances de travail bien calées. Ça va se faire! Le rôle des artistes est d'abord, surtout pour nous deux, de ressentir du plaisir à faire rire les gens. Un show, c'est d'abord du divertissement pour tout le monde. Si, ensuite, la culture peut devenir une arme contre la bêtise humaine, tant mieux. Mais il ne faut jamais perdre de vue que la vertu première d'un comique, c'est d'abord de faire rire. Tout le reste, les messages, les idées, voire les combats ne sont que des conséquences. Cela dit, c'est vrai que cela ne peut être neutre. Par exemple, qu'un acteur marocain soit devenu “François Pignon” veut dire aussi qu'on avance dans l'assimilation. Ça a du sens !
Oui, mais justement, chauffeur dans “Olé”, François Pignon dans son HLM, employé dans un grand palace dans “Hors de prix” de Pierre Salvadore dont le tournage va démarrer fin septembre. Vous n'en avez pas marre de ces étapes de l'intégration ?
Non, non, non c'est bien. Exactement ! Ce sont les étapes de l'ascension sociale !
Et donc, dans 20 ans...
Le patron !
Comme le blond ?
Le blond ? Aaaaah, vous voulez le blond, c'est ça ??!! Elle veut le blond, elle !
Petit quart d'heure de célébrité, Gad. Nous aussi à Casa on lit Voici, Voilà. Il y a eu Marie Fugain, ensuite Anne Brochet. Aujourd'hui, il y a Aurélie Dupont. Gad, l'amour dure-t-il trois ans ?
Ah non, là, je ne suis pas d'accord avec vous !
C'est-à-dire que c'est une question !
Ah non, j'espère que non, j'espère que l'amour ne dure pas que trois ans. C'est le livre de Beigbeder, c'est ça ?
Oui, enfin Beigbeder s'appuie sur une théorie biochimique où des hormones comme la dopamine, les endorphines, la phényléthylamine, etc, qui sont derrière le sentiment amoureux cessent d'agir après trois années de vie conjugale...
Je connais pas cette théorie mais en pratique, je suis très heureux et je n'ai pas envie que ça dure seulement trois ans. Et là, ça fait trois ans justement. Non, remarquez, nous venons de dépasser les trois ans. Donc, ça va.
Au-delà de votre vie personnelle, c'est une question sur l'amour. Dès lors que l'on sort du carcan traditionnel, faut-il apprendre à essayer, à trébucher, à se relever et à recommencer pour enfin trouver le grand amour ?
En fait, il faut être très honnête avec soi-même et casser certains clichés. Par exemple, je ne suis pas d'accord, je ne me ressens pas en accord avec l'idée de “LA femme de ma vie”, d'une et unique, même si, au fond, je l'espère. Je me dis toujours que c'est la femme d'une partie de ma vie. Je souhaite, notamment en ce moment, que cette partie soit longue, très longue. Bon, ma copine va être verte en lisant cela mais je n'aime pas figer les choses avec des mots comme : “C'est la femme de ma vie !”. Je n'aime pas cette idée soit par superstition, soit par claustrophobie, soit les deux... Il me faut entretenir la dynamique de l'amour par une espèce de travail permanent. Avant, je ne considérais pas les choses de cette manière.
C'est récent, cette conscience du travail dans et pour le couple ?
Complètement. Avant, je pensais : “Ça y est, on tombe amoureux, tout va bien, tout roule”. Alors que pas du tout ! Les efforts, les concessions, les compromis, les actes concrets, les mots, les démonstrations, c'est fondamental. Je m'en rends de plus en plus compte, aujourd'hui.
A 34 ans, en pleine success story, que seriez-vous sans le rayonnement de cet amour ?
Ah non, je ne pourrais pas ! Vraiment pas. Je serais un peu largué, je crois. Surtout avec toute la sollicitation due à la notoriété qui fausse tout. Franchement, si j'étais seul aujourd'hui, peut-être que je pèterais un plomb. Je ne sais pas, ce serait nul !
Est-ce important d'avoir une partenaire dans le même milieu ? On dirait qu'il y a un vrai syndrome Brad (Pitt) et Angelina (Jolie) dans le monde du spectacle...
On ne part pas de ce point-là. C'est plutôt à l'envers que ça se passe. On est dans un milieu donné et on rencontre forcément des personnes de ce milieu-là. Jusque-là, c'est pareil pour tous les milieux professionnels. Mais, dans le monde du spectacle, lorsque la notoriété commence vraiment à entourer un artiste, il est normal que les relations soient biaisées. Personne n'a envie que quelqu'un sorte avec lui pour une image. Alors forcément, quand je rencontre quelqu'un au sommet de son art comme c'est le cas pour mon amie, je peux me dire d'entrée que c'est moi qui vais l'impressionner et non pas l'image. Bien sûr, ça l'éclate que j'aie du succès, que je la fasse rire, que je sois apprécié du public, mais tout cela, ce n'est pas un moteur pour elle. Elle est au sommet de son art, bien loin devant moi. Pour parvenir à atteindre le niveau de danseuse étoile, elle n'a pas eu et n'a pas besoin de moi. Son art est universel. Elle fait des tournées mondiales. La semaine dernière, elle était à Vienne. Là, elle part en Chine. Cet été, elle sera au Japon. Elle a créé un ballet à New York. Moi, à côté, je ne suis qu'un clown. Non, mais c'est vrai ! Quand je la vois travailler dur de 8 heures du matin à 10 heures du soir quoi qu'il arrive, je ne dis plus “oulala, je suis fatigué” après un spectacle avec 3.000 personnes en délire où ce n'est que du bonheur! Par elle, j'ai appris davantage le travail et aussi à ne plus me plaindre. Non, vraiment, c'est un travail de fou que celui des danseurs de ce niveau !
Et il faut admirer pour aimer ?
Oui, complètement. C'est une femme exceptionnelle mais c'est surtout une grande danseuse. Quand je la vois danser, j'oublie que c'est ma femme. Et quand je sors de son spectacle, je me dis “héhéhé, c'est MA femme !!!”.
Pas de gestion des égos, de jalousies, de carrière ? Pourtant, cela doit être encore pire dans un couple d'artistes ?
C'est compliqué lorsque ma compagne est une actrice car il y a alors de la compétition. Forcément et même si personne ne le souhaite. Tout de suite, on sent, on voit que l'un bosse, l'autre non. Au début de ma relation actuelle, je me disais qu'entre ses tournées et les miennes, nous n'y arriverons pas. En tout cas, je ne pensais pas que j'arriverais à tenir dans une relation à distance. Et en fait, l'absence aide énormément notre couple à garder cette constante envie de se retrouver.
Six mois loin d'elle, c'est possible ?
Non, six mois, ce n'est pas possible. Je la rejoins ou la fais venir. Mais cette absence due au travail est plus une chance qu'un handicap. S'absenter une semaine pour partir en tournée, ressentir le manque, le désir, envoyer des textos, avoir un petit moment de panique si je ne sais pas où elle est, c'est super important, ça booste le couple.
Si on dit paternité, on entend...
Responsabilité. Et, c'est nouveau, peur de partir trop loin, trop longtemps. Je suis déjà anxieux de nature alors en tant que père... Là, maintenant, j'ai peur pour lui. Il est en vacances avec sa mère et tous les jours, j'appelle, “fais attention, mets-lui les brassards”. Tous les jours, tous les jours, tous les jours, j'ai des cauchemars dans ma tête. J'ai des flashs, il va se noyer donc faut que j'appelle. Sa mère a beau me dire : “Relax, moi non plus, je ne veux pas qu'il se noie” mais moi, j'ai ce flip de folie, des angoisses ingérables...
Anne Brochet, la mère de votre fils, écrit dans son dernier livre,“Trajet d'une amoureuse éconduite” (Ed. Seuil), alors qu'elle a coupé le contact avec le monde durant tout un week-end : “Chez moi, j'écoute la messagerie de mon portable. J'ai quinze messages, presque tous du père d'un de mes enfants, qui a appris que j'étais partie sans téléphone, mais qui s'obstine à essayer de me joindre quand même ; il me trouve irresponsable. Il dit : On est au XXIème siècle”. C'est vous ?
Ben oui, c'est complètement moi. Elle disparaît un week-end, je lui laisse plein de messages et je ne la trouve pas. C'est la peur, la peur de l'abandon, de ne plus être en contact avec mes proches. Quand je n'arrive plus à joindre les gens, je suis en panique. J'ai peur, je suis accroc au portable à cause de cela. Précisément cela.
Nous en parlions, il y a quatre ans. Elle est toujours là, cette musique bluesy, à l'intérieur ?
Oui, toujours. Je rumine, je réfléchis, je travaille tout le temps, tout le temps. Soit ce sont de bonnes idées que je vais intégrer dans mon spectacle, soit ce sont des idées noires que je transforme en idées comiques.
Votre rapport à l'autre est-il devenu compliqué avec la notoriété ?
C'est présent, la notoriété! Ce serait mentir que de dire le contraire. Quand je vois des mecs à la télé qui disent : “Non, ça ne change rien pour moi”, je sais que c'est faux. Forcément, les rapports à l'autre sont modifiés. Quand tu rentres dans un magasin où tu étais un anonyme, il y a dix ans et que là, maintenant, tout le monde se met à discuter avec toi, ce n'est pas vrai que l'on ne change pas. J'en suis encore, et pour longtemps je l'espère, au stade où ça me fait vraiment plaisir d'être reconnu par quelqu'un qui a vu mon spectacle et qui m'en parle. Ça m'éclate que quelqu'un soit allé acheter un ticket pour venir me voir. Je garde l'émerveillement de ça !
Et peut-on vivre de nouvelles amitiés ?
Oui, mais j'ai développé un sens aigu de la reniflette chez l'autre. Donc, je sais quand on s'intéresse à moi, profondément et quand on s'intéresse à l'image, simplement. En vérité, le seul vrai problème de la notoriété est que cela entrave mon travail. Je suis un grand observateur qui ne peut plus observer comme je le souhaite. Avant, dans les restaurants, je restais trois heures à regarder, à écouter, à scanner la table d'à côté. Aujourd'hui, les gens disent, “ah, c'est machin qui nous regarde”. Les demandes d'“orthographe”, ça bloque mon travail d'observation.
Il reste les restaurants en Grèce, en Roumanie, etc...C'est clair. De toute façon, les comportements humains sont les mêmes. Partout, partout, c'est la même chose.
Le blond, c'est la même chose ?
Encore lui ! Bon, OK, on va vous trouver un blond ! Mais pour Brad Pitt, il est vraiment pris, je ne peux rien faire pour vous.

